Trois des sujets officiels dépouillés placent le candidat devant un mort ou devant une personne qui veut mourir : un accident du travail mortel en septembre 2021, une scène de mort à domicile en février 2024, un suicide par arme à feu en septembre 2024. Les questions ne portent pas sur la technique : elles portent sur ce que vous ne touchez pas, sur la manière d’annoncer un décès à une famille, et sur les dispositifs de soutien. C’est le rare endroit où le sujet vous interroge aussi sur votre propre exposition.
L'essentiel en 5 puces
Il n’appartient pas au policier de constater la mort : vous demandez les secours même quand elle paraît évidente, et c’est un médecin, requis à cette fin, qui constate le décès et l’atteste par un certificat.
On ne déplace rien. Dans les lieux où un crime a été commis, l’article 55 du code de procédure pénale interdit à toute personne non habilitée de modifier l’état des lieux avant les premières opérations de l’enquête judiciaire ; les seules exceptions prévues sont les exigences de la sécurité ou de la salubrité publique et les soins à donner aux victimes.
Devant un corps dont la cause de la mort est inconnue ou suspecte, l’article 74 du code de procédure pénale fait informer immédiatement le procureur de la République par l’officier de police judiciaire ou, sous son contrôle, par l’agent de police judiciaire. Vos quatre verbes : figer, alerter, rendre compte, consigner.
L’avis à famille se prépare : on se déplace plutôt qu’on téléphone, à deux, on vérifie l’identité de son interlocuteur et son lien avec le défunt avant de parler, on annonce avec des mots simples, et on ne livre ni détail sur le corps ni cause non établie.
Un policier confronté à la mort peut demander un soutien psychologique : le service de soutien psychologique opérationnel de la police nationale existe pour cela. Cette question a été posée telle quelle à la session du 21 septembre 2021, documents à l’appui dans le dossier.
Le premier réflexe n’est pas d’agir sur la scène, c’est de ne plus rien y changer. Vous établissez un périmètre, vous en écartez le public et les proches, vous notez l’heure et l’identité de ceux qui étaient présents. Rien n’est ramassé, ouvert ni déplacé : ni un objet, ni un vêtement, ni une lettre trouvée près du corps. L’article 55 du code de procédure pénale ne réserve que deux exceptions à cette règle, les exigences de la sécurité ou de la salubrité publique et les soins à donner aux victimes.
Cela ne dispense pas d’alerter. Tant qu’un médecin n’a pas constaté la mort, elle n’est pas établie, quelle que soit l’apparence : s’abstenir volontairement de porter à une personne en péril l’assistance qu’on pouvait lui apporter sans risque est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Dans la mise en situation, vous êtes police-secours : c’est vous qui arrivez. Vous demandez les secours, vous rendez compte sans délai au centre d’information et de commandement, vous avisez l’officier de police judiciaire. Le gardien de la paix que le sujet vous demande d’incarner est agent de police judiciaire (article 20 du code de procédure pénale) : quand la cause de la mort est inconnue ou suspecte, l’information immédiate du procureur revient à l’officier de police judiciaire ou, sous son contrôle, à l’agent de police judiciaire.
Et vous ne communiquez rien : ni aux voisins, ni à la presse, ni depuis un téléphone personnel. Soumis au secret professionnel et au devoir de discrétion, le policier s’abstient de divulguer les informations dont il a connaissance à quiconque n’a ni le droit ni le besoin d’en connaître. Cela vaut aussi, et surtout, devant une scène spectaculaire.
Le sujet du 21 septembre 2021 le demandait mot pour mot : « Quelles sont les précautions que vous allez prendre lors de l’avis à famille ? ». Cette session relevait de l’ancien format (3 heures, 5 cas), mais la question, elle, est intacte : c’est un exercice de forme autant que de fond, et la forme se raconte pas à pas.
On se déplace dès que c’est possible, à deux, sur instruction de l’officier de police judiciaire et avec les coordonnées qu’il vous remet — en 2021 comme en 2024, c’est lui qui les fournit. Sur place, on se présente, on demande à entrer, on s’assure de parler à la bonne personne et de son lien avec le défunt, on l’invite à s’asseoir. Puis on annonce clairement, avec des mots simples : l’euphémisme prolonge le doute.
On ne dit pas ce qui n’est pas établi — ni cause présumée, ni détail sur le corps, ni contenu d’une lettre qui appartient à la procédure. On reste, on accepte le silence et le déni, on propose de joindre un proche ou un médecin. Avant de partir, on laisse un contact et on oriente vers une association d’aide aux victimes et le 116 006, numéro gratuit joignable tous les jours de 9 heures à 20 heures.
Toutes ces situations ne sont pas des morts consommées : une tentative de suicide, une personne retranchée, un blessé grave relèvent d’abord de l’assistance. Le code de déontologie le dit : lorsque les circonstances le requièrent, le policier, même lorsqu’il n’est pas en service, intervient de sa propre initiative, avec les moyens dont il dispose, notamment pour porter assistance aux personnes en danger.
Ce que la copie doit montrer : vous demandez les secours, vous ne laissez pas la personne seule, vous écartez le public et les proches, vous parlez calmement sans rien promettre que vous ne puissiez tenir. L’orientation médicale appartient au médecin, pas à vous. Vous rendez compte, et vous accompagnez les proches présents, qui sont eux aussi des victimes.
À retenir pour la suite : le régime de l’article 74 du code de procédure pénale vaut aussi pour la découverte d’une personne grièvement blessée lorsque la cause de ses blessures est inconnue ou suspecte. Une personne encore en vie n’écarte donc pas l’obligation de figer les lieux.
Le sujet du 21 septembre 2021 la posait sans détour : « Lorsqu’un policier est confronté à la mort lors de ses missions, quels sont les dispositifs mis en place par la police nationale pour lui permettre de gérer et surmonter la situation ? », avec la consigne d’exploiter les documents fournis. Répondre « je prends sur moi » ne rapporte rien.
Ce qui rapporte : nommer le service de soutien psychologique opérationnel (SSPO), composé de psychologues cliniciens, joignable par une permanence téléphonique et qui anime des groupes de parole dans les services confrontés à des événements marquants ; un article de presse du dossier de cette session le présentait comme mis en place en 1996. Ajoutez le médecin de prévention, le débriefing par le chef de service et la formation à la gestion du stress, elle aussi documentée dans le dossier.
Écrivez-le sobrement, à la première personne : « je peux solliciter le service de soutien psychologique opérationnel et j’en informe mon chef de service ». Une phrase suffit ; c’est son absence qui coûte.
Les pièges
« Je constate le décès »
Un gardien de la paix constate un corps sans vie et des circonstances. Le décès, lui, est constaté par un médecin requis à cette fin, qui l’atteste par un certificat. Écrire l’inverse est l’erreur la plus visible pour un correcteur policier.
Annoncer de loin, ou au premier venu
Téléphoner quand on peut se déplacer, parler sur le palier, laisser un voisin « transmettre », ne pas vérifier le lien de parenté : quatre fautes qui se corrigent en une phrase de copie.
Le détail sordide et la dramatisation
Votre copie est corrigée par un policier actif. La description crue et l’émotion appuyée desservent. Sobriété, phrases courtes, faits : l’article 16-1-1 du code civil rappelle que le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort.
Croire que la question d’ouverture s’improvise
Ces cas s’achèvent souvent par une question générale sur les dispositifs ou la prévention. Sa réponse est dans le dossier documentaire — la consigne vous demande d’ailleurs d’exploiter les documents fournis — mais elle s’y trouve dispersée dans des articles de presse. Repérez-la avant de rédiger, plutôt que de la deviner.
À recopier dans votre copie
« Je fige les lieux et je n’y touche pas : dans les lieux où un crime a été commis, l’article 55 du code de procédure pénale interdit à toute personne non habilitée de modifier l’état des lieux avant les premières opérations de l’enquête judiciaire, hors les exigences de la sécurité ou de la salubrité publique et les soins à donner aux victimes. »
« Je demande l’intervention des secours bien que la mort paraisse évidente : il n’appartient pas au policier de constater le décès, qui est constaté par un médecin. Je rends compte sans délai au centre d’information et de commandement et j’avise l’officier de police judiciaire. »
« Je me déplace au domicile avec un collègue ; je m’assure de l’identité de mon interlocuteur et de son lien avec le défunt, je l’invite à s’asseoir et j’annonce le décès avec des mots simples, sans détailler des circonstances qui ne sont pas établies. »
« Sans me départir de mon impartialité, j’accorde une attention particulière aux victimes et je veille à la qualité de leur prise en charge (article R. 434-20 du code de la sécurité intérieure) : les proches du défunt en font partie, je leur propose de joindre une personne de confiance ou un médecin et je leur remets les coordonnées d’une association d’aide aux victimes ainsi que le 116 006. »
« À l’issue de l’intervention, je rends compte à mon chef de service et je peux solliciter le service de soutien psychologique opérationnel de la police nationale. »
Vérifiez que c'est acquis
Sur une intervention, la personne ne présente aucun signe de vie. Que faites-vous ?
Une lettre est retrouvée près du corps, comme dans le sujet du 24 septembre 2024. Vous…
Le cas se termine par : « quels sont les dispositifs mis en place par la police nationale pour un policier confronté à la mort ? »
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Peu, et de préférence ceux que le dossier vous donne. Deux ou trois références bien employées — l’article 55 du code de procédure pénale pour l’état des lieux, l’article R. 434-20 du code de la sécurité intérieure pour l’attention due aux victimes et à leurs proches — valent mieux qu’une liste récitée.
Vous ne l’annoncez pas dans la rue et vous ne les faites pas monter. Vous les mettez à l’écart, au calme, vous ne mentez pas, et vous avisez immédiatement l’officier de police judiciaire présent sur les lieux : la décision d’annoncer et le moment lui reviennent. C’est la situation du sujet du 24 septembre 2024, où les parents se présentent au pied de l’immeuble.
Oui, sobrement, à condition d’enchaîner sur l’action : vous terminez votre mission, vous rendez compte, puis vous sollicitez le soutien psychologique et vous en informez votre chef de service. Le jury teste la lucidité, pas l’insensibilité.
De joindre une personne de confiance ou un médecin, les coordonnées d’une association d’aide aux victimes ainsi que le 116 006, numéro d’aide aux victimes gratuit, joignable tous les jours de 9 heures à 20 heures, et l’existence d’un intervenant social ou d’un psychologue au commissariat.
Sources officielles
Fiche rédigée à partir des textes en vigueur et des sujets publiés par la police nationale. Elle ne remplace pas la notice officielle de l'épreuve, à lire avant chaque session.
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