Fiche essentielleLecture 8 minLa posture

Déontologie personnelle : le cadeau, l’ordre, le collègue

Le cadeau qu'on vous tend, l'ordre discutable, le collègue plus ancien qui dérape : ces trois situations reviennent dans les sujets publiés, souvent dans le même dossier. Aucune connaissance juridique n'est exigée, le dossier documentaire fournit les articles. Ces cas se ratent presque toujours de la même façon : une copie qui juge au lieu d'agir. Voici les trois réflexes, les textes à nommer sans les recopier, et les phrases qui rapportent.

L'essentiel en 5 puces

1

Aucun seuil de valeur : l'article R. 434-9 du code de la sécurité intérieure interdit tout avantage lié aux fonctions, le billet de remerciement comme l'enveloppe.

2

Refuser ne suffit pas. Refuser, expliquer à la personne, rendre compte : c'est la séquence en trois temps qui est notée.

3

Un ordre ne s'écarte que s'il est manifestement illégal ET de nature à compromettre gravement un intérêt public. Deux conditions cumulatives, jamais une seule.

4

L'ordre seulement discutable s'exécute, réserves formulées et consignées : un « oui » argumenté vaut autant qu'un « non ».

5

Face au collègue qui dérape : aborder le fait avec l'intéressé, puis rendre compte. Le code fait de chaque policier, quel que soit son grade, un dépositaire de la déontologie.

On vous tend quelque chose

Art. R. 434-9 CSI

L'article R. 434-9 du code de la sécurité intérieure ne laisse aucune marge : le policier « n'accepte aucun avantage ni aucun présent directement ou indirectement lié à ses fonctions ou qu'il se verrait proposer au motif, réel ou supposé, d'une décision prise ou dans l'espoir d'une décision à prendre ». Le billet glissé après l'intervention par une personne reconnaissante y entre aussi sûrement que l'enveloppe remise avant. Aucun montant ne fait basculer un cadeau du côté du pourboire acceptable.

Le correcteur n'attend pas de l'indignation, il attend une séquence. Le refus seul est une demi-réponse : ce qui distingue une bonne copie, c'est ce qui vient après le refus.

  • Refuser sur le moment sans brusquer la personne, lui expliquer que l'intervention lui était due, puis rendre compte à son supérieur hiérarchique et par écrit.
  • Quand l'avantage est offert ou accepté pour obtenir un acte de la fonction — ou l'abstention d'un acte —, on quitte le terrain disciplinaire : corruption active du côté de celui qui offre (art. 433-1 du code pénal), corruption passive du côté de celui qui accepte (art. 432-11), dix ans d'emprisonnement et 1 000 000 € d'amende encourus dans les deux cas.
  • Le passe-droit vaut cadeau : renoncer à relever une infraction ou « arranger » un dossier pour rendre service, c'est accorder un avantage pour des raisons d'ordre privé, que la dernière phrase du même article interdit.

Le fichier, le service rendu, le compte en ligne

Art. R. 434-8, R. 434-9, R. 434-12 et R. 434-29 CSI

Le même article R. 434-9 interdit, dans une autre de ses phrases, d'utiliser « à des fins étrangères à sa mission les informations dont il a connaissance dans le cadre de ses fonctions ». L'article R. 434-8 y ajoute le secret professionnel et le devoir de discrétion : ne rien révéler, sous quelque forme que ce soit, à qui n'a ni le droit ni le besoin d'en connaître. Interroger un fichier pour vérifier le passé d'un locataire, retrouver une adresse, renseigner un ami sur un véhicule qu'il veut acheter : la finalité est privée, donc détournée. Le motif amical ne change rien à la qualification.

  • Le détournement de finalité d'un traitement de données est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 300 000 € d'amende (art. 226-21 du code pénal), en plus de la sanction disciplinaire.
  • En copie : refuser, dire pourquoi, et prévenir celui qui demande du risque qu'il fait courir à tous les deux.
  • En ligne, l'article R. 434-12 vise expressément l'expression « à travers les réseaux de communication électronique sociaux » : rien qui nuise à la considération portée à l'institution, en service comme hors service.
  • Hors service, l'expression reste libre dans les limites du devoir de réserve et de la loyauté à l'égard des institutions de la République (art. R. 434-29), l'obligation de neutralité valant, elle, pendant le service.

L'ordre manifestement illégal : deux conditions cumulatives

Art. R. 434-5 I CSI · Art. L. 121-10 CGFP

Le principe d'abord : le policier « exécute loyalement et fidèlement les instructions et obéit de même aux ordres qu'il reçoit de l'autorité investie du pouvoir hiérarchique ». L'exception ensuite, et elle tient en deux conditions qui se cumulent : l'ordre doit être manifestement illégal ET de nature à compromettre gravement un intérêt public. Une seule des deux ne suffit pas. La même formule vaut pour tous les agents publics à l'article L. 121-10 du code général de la fonction publique. Cette limite au devoir d'obéissance trouve son origine dans la jurisprudence du Conseil d'État, arrêt Langneur du 10 novembre 1944.

  • Faire part de ses objections à l'autorité qui a donné l'ordre, en indiquant expressément le caractère manifestement illégal qu'on lui attribue.
  • Si l'ordre est maintenu et que la contestation persiste : en référer à la première autorité supérieure joignable, demander une confirmation écrite, et faire prendre acte de son opposition.
  • La confirmation écrite n'exonère pas de sa responsabilité personnelle : c'est une trace, pas un blanc-seing.
  • Invoquer à tort l'illégalité manifeste pour écarter un ordre régulier engage la responsabilité du subordonné.

L'ordre seulement discutable : on exécute, on formule ses réserves

Le « droit de désobéir » n'existe pas sous ce nom, et c'est la réponse fausse la plus répandue. Trois situations, trois conduites. L'ordre manifestement illégal et gravement dommageable pour un intérêt public s'écarte selon la procédure ci-dessus. L'ordre douteux se discute avant exécution. L'ordre simplement maladroit, ou que vous auriez exécuté autrement, s'exécute : les réserves sont dites au supérieur hiérarchique et consignées dans le compte rendu.

Quand la question porte sur l'exécution d'un ordre, elle appelle une réponse argumentée, pas un camp. Un « oui » motivé — je qualifie l'ordre, je l'exécute, je formule mes réserves — se note aussi bien qu'un « non ». Ce que le correcteur sanctionne, c'est la réponse sans qualification préalable.

  • Qualifier l'ordre d'abord, en tirer la conduite ensuite : deux temps visibles dans la copie.
  • Jamais le sentiment (« cela me met mal à l'aise ») : nommez le principe en jeu, et proposez l'alternative légale si vous écartez l'ordre.

Le collègue plus ancien qui dérape

Art. R. 434-25, R. 434-26 et R. 434-27 CSI

Le sujet place presque toujours le gardien de la paix que vous incarnez en position de plus jeune de l'équipage : c'est le ressort de ces cas, et il attend une position, ni arrogance ni effacement. L'article R. 434-26 pose que les policiers et les gendarmes de tous grades auxquels s'applique le code de déontologie en sont dépositaires et « veillent à titre individuel et collectif à son respect ». L'ancienneté du collègue n'est donc pas un argument, et l'autorité hiérarchique, elle, contrôle l'action de ses subordonnés (art. R. 434-25).

La progression qui fonctionne en copie : aborder le fait avec l'intéressé, hors la présence du public et de la personne concernée, en nommant le comportement et non la personne ; si le comportement persiste, rendre compte au chef de service. Si la gravité est immédiate, on n'attend pas : on fait cesser, puis on rend compte sans délai.

  • Rendre compte n'est pas dénoncer : c'est le prolongement direct de R. 434-26, qui fait de chacun le gardien du code, quel que soit son grade.
  • Tout manquement expose son auteur à une sanction disciplinaire, indépendamment des sanctions pénales encourues (art. R. 434-27).
  • Écrire « je n'ai rien vu » n'est jamais une option de copie : le silence se lit comme un manquement, pas comme de la loyauté.

Les pièges

La copie morale

Écrire que c'est inacceptable ne rapporte rien. Nommez le principe, dites l'atteinte au crédit de l'institution, puis ce que vous faites dans la minute.

Une condition sur deux

« L'ordre est illégal, donc je refuse » est faux. Sans l'atteinte grave à un intérêt public, la seconde condition manque et le refus vous expose.

Le droit de désobéir

Il n'existe pas sous ce nom. Invoquer à tort l'illégalité manifeste pour écarter un ordre régulier engage votre responsabilité de subordonné.

L'article cité de mémoire

Le dossier fournit les textes. « Le principe de probité, rappelé au document n° 3 » vaut mieux qu'un numéro d'article approximatif, et un numéro faux coûte plus qu'il ne rapporte.

À recopier dans votre copie

« « Je refuse le billet que me tend Mme ALPHA. Je lui explique que mon intervention lui était due et qu'aucun avantage lié à mes fonctions ne peut être accepté. J'en rends compte à mon supérieur hiérarchique et je le mentionne dans mon compte rendu. » »

« « L'ordre qui m'est donné n'est pas manifestement illégal : je l'exécute, tout en faisant part de mes réserves à mon supérieur hiérarchique et en les consignant dans mon compte rendu. » »

« « Cet ordre me paraît manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public : je fais part de mes objections à l'autorité qui me l'a donné en indiquant expressément ce caractère, et je demande une confirmation écrite. » »

« « Consulter ce fichier pour un motif privé en détournerait la finalité : je refuse, et j'explique à mon collègue le risque qu'il prend et celui qu'il me fait prendre. » »

« « J'aborde le fait avec le gardien de la paix BRAVO hors la présence du public et de la personne concernée. Si le comportement se reproduit, j'en rends compte à mon chef de service. » »

Vérifiez que c'est acquis

1

Un ordre illégal peut-il être écarté au seul motif de son illégalité ?

2

Une personne que vous venez de secourir vous glisse un billet. Que fait la meilleure copie ?

3

Un collègue demande d'interroger un fichier sur un véhicule qu'il veut acheter.

Trois questions ici, quarante par QCM sur la plateforme — essayez gratuitement 7 jours.

Questions fréquentes

L'article R. 434-9 n'aménage aucun seuil : tout avantage lié aux fonctions est interdit. Dans une copie, ne cherchez pas la limite du geste anodin — c'est le piège de la question. Refusez, expliquez, rendez compte.

Oui, dans un cas précis : l'ordre manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. Vous faites alors part de vos objections à l'autorité qui l'a donné en indiquant expressément ce caractère ; si l'ordre est maintenu, vous en référez à la première autorité supérieure joignable et pouvez demander une confirmation écrite.

Une sanction disciplinaire d'abord, tout manquement au code de déontologie y exposant son auteur (art. R. 434-27 CSI). Il s'expose en outre à des poursuites pénales : le détournement de finalité d'un traitement de données est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 300 000 € d'amende. Le motif amical n'excuse rien.

Le mot est piégé. Rendre compte n'est pas dénoncer : l'article R. 434-26 fait de chaque policier, quel que soit son grade, un dépositaire du code de déontologie, chargé de veiller à son respect à titre individuel et collectif. Parlez-en d'abord à l'intéressé, hors la présence du public ; si le comportement persiste, rendez compte.

Sources officielles

Fiche rédigée à partir des textes en vigueur et des sujets publiés par la police nationale. Elle ne remplace pas la notice officielle de l'épreuve, à lire avant chaque session.

Votre parcours · notion 5 sur 14

Une fois lue, cochez cette notion : le parcours reprendra là où vous en êtes.

Dans le même domaine

Prêt à passer à la pratique ?

Entraînez-vous sur des cas pratiques corrigés par IA, avec une note et un commentaire détaillé sur chacune de vos réponses. 7 jours d'essai gratuit, sans carte bancaire.

Commencer à m'entraîner